Dossier de presse
     
 
  La Presse du mardi 28 janvier 2003
Les mots et l'émotion
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  Taouzneit... un village berbère, aujourd'hui disparu, du côté de Tataouine. Paraît-il ! La consonance, de toute évidence, harmonieuse, est berbère.

Ali Batrouni descend de ces peuples fiers et résistants qui, à travers les temps, ont su sauvegarder leur langue et leurs coutumes, là-bas, là-haut, au sommet de leurs montagnes.

L'oeuvre de Ali Batrouni exerce sur nous la fascination des mondes inconnus que l'homme porte en lui, sans doute parce qu'elle est traitée avec une précision que seul atteint l'esprit quand il se dégage totalement du réel, quand il est en quête permanente d'une réalité supérieure.

Mais que donc recherche l'artiste à travers ce respect des origines, cette fidélité aux racines ? Apparemment à pousser toujours plus loin les limites de la perception et de la pensée humaine, une tentative élaborée de faire revivre l'homme dans sa totalité, dans sa modernité, de faire resurgir des profondeurs de son être, du nôtre, une foule de souvenirs, de valeur affective.

Signes et symboles hiéroglyphiques emplissent ses collages - sur papier journal, par exemple -, créant ainsi des contrastes prodigieux, inattendus. Ornaient-ils déjà ces habitations troglodytiques qui hantent toujours les rêves de l'artiste ?

Ces images surgies de son inconscient, qu'il se garde d'ailleurs d'interpréter, l'obsèdent. Partout, nous les retrouvons, comme celle de la femme, à peine esquissée, plutôt suggérée, belle, énigmatique, plantureuse, enveloppée, synonyme de la féminité, de l'élégance.

 

Lumière et mouvement

Jean-Paul Pernette l'aime ainsi, aussi. Se sont-ils donné le mot ? Tous deux, exposant de concert, subliment, en effet, la femme, la magnifient, exaltent la beauté pure de son corps. Tous deux préfèrent ses rondeurs. Peut-être pour la fécondité. Comme la terre d'où naît toute vie.

Jean-Paul Pernette, lui, la sculpte. La sculpture n'évoque-t-elle pas la vie ? Pernette, coutumier de Hammamet avec les artistes de Paris-Montmartre, préfère le bronze et le bois pour dire sa préférence, sa recherche de l'absolu.

Debout, agenouillée, bras repliés, levés au ciel ou le long du corps, femme dans toute sa superbe, dans tous ses états, lisse, brillante, son auteur n'a qu'un seul but : retrouver, à travers ses "créatures", à travers cette image sans cesse reprise de la femme, la douceur dans la plénitude de la forme, la sérénité dans la perfection géométrique, captant au passage lumière et mouvement.

Jean-Paul Pernette, de temps en temps, s'évade ailleurs, autrement, pour fuir la femme naturellement fuyante et nous offre de minuscules sculptures, une hirondelle nichant, un dauphin batifolant, un rat et pourquoi pas, un bouquet printanier appréciable et d'autant plus apprécié qu'il semble cueilli dans un fouillis inextricable.

Une fois de plus, la frontière entre peinture et sculpture s'amenuise, les deux genres s'imbriquant admirablement afin que les mots et l'émotion ruissellent à foison.

Mounira AOUADI