Dossier de presse
     
 
  La Presse, mercredi 10 décembre 2008
Hommage à la mémoire de Hédi Bradaï
L'artiste des délires oniriques
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Par petites touches, Ahmed Souabni a peint des moments tendres, raffinés, drôles et à l’émotion pudique.
C’est un privilège que de rencontrer des peintres qui ont développé un tel talent. Beaucoup l’ont compris et ont passé de longs moments à contempler, à s’expliquer l’attirance née des œuvres d’Ahmed Souabni proposées au public à la galerie Caliga. On se trouve captivé par les formes, les couleurs, l’impression qui ne manquent pas de retenir l’attention. Il y a de la poésie dans ces peintures, mais aussi du mouvement, du mystère, de la magie, une influence de l’Orient, une liberté dans l’expression, un univers de rêve et de fantasme, et pourtant tout est parfaitement agencé, à l’examen, et c’est un travail délicat qui se révèle en fin de compte une heureuse évasion.

Les portraits d’Ahmed Souabni relèvent d’un genre récurrent. Ses visages, beaux et énigmatiques, sont l’expression d’un monde féminin en voie de disparition. Dans certains portraits, les traits sont restés sciemment flous dans le seul but d’entretenir le mystère autour de cette impénétrabilité.

L’artiste semble puiser dans le thème de la femme et des scènes de la vie quotidienne toute l’énergie de sa verve créatrice.


La galerie de ses personnages est très variée. On y trouve de belles citadines, sensuelles et sophistiquées, dans le regard, coquines et sournoises dans certaines activités quotidiennes, lascives et un tantinet provocantes dans des attitudes équivoques. Toute une série de musiciennes, tricoteuse,lessiveuses, lavandières, pâtissière, lectrices, voyante dans le plomb qui, dans le mouvement de la main, vecteur essentiel de l’existence à l’origine de toute la création artisanale et artistique, traduit une véritable psychologie de l’être et révèle sa nature fondamentale.

Pour les hommes, cependant, le répertoire est tout aussi riche en découvertes : marchand de beignets, boulanger, marchand de quatre-saisons, etc.

 

Une peinture mosaïquée

Ahmed Souabni est un esprit curieux et de grand savoir. Il enseigne les arts plastiques depuis une quarantaine d’années ainsi que les subtilités de la théorie conceptuelle autour de la thématique moderne ouverte sur la philosophie de l’art.

L’originalité de cet artiste, né à Hammam-Lif et qui a donc fréquenté de grands peintres banlieusards de différentes tendances et origines, réside dans sa technique de prédilection : le pointillisme cher à Seurat et Signiac.

Le pointillisme ou le néo-impressionnisme consiste à juxtaposer de petites touches de différentes couleurs sur la toile plutôt que de les (couleurs) mélanger. Chez Ahmed Souabni, la recherche de la lumière caractérise ses toiles.

Ces grosses touches si plates et si larges qu’on croirait mosaïquées, fragmentées, donnent à ces œuvres une facture plus libre.

Couleurs subtiles, charme du graphisme, sont structurés par l’efficacité technique de ce pointilliste, visiblement conquis par cette technique. Fantasque et lunatique sans jamais daigner s’assagir, il se plaît parfois à ajouter discrètement sa patte, avec respect et humour, en laissant tomber une goutte de «délire» à dimension poétique dans ses toiles. Des œuvres qui égrènent toute la gamme des petits et grands délires du quotidien de ces personnages pétris dans les coloris de la nostalgie des bonheurs simples, de la fantaisie et des rêves qui sont peut-être une autre facette de la réalité dans son expression la plus intime.

Adel LATRECH

• L’exposition «Hommage à la mémoire de Hédi Bradaï» se poursuivra à la galerie Caliga jusqu’au 27 décembre 2008.